J’ai un rêve

Le texte qui va suivre a été écrit pour une occasion spéciale, le 17 Mai, suite à la demande et pour le Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (M.A.L.I). La journée Internationale contre l’Homophobie.
Après une demande d’une chère amie, une personne exceptionnelle. Une bonne âme, bonne femme.
Sans trop d’introduction, voici ce que le texte, intitulé : « J’ai un rêve« .

J’ai un rêve

Il y a 50 ans de cela, Martin Luther King a dit : « I have a dream ».

Il l’a dit contre la ségrégation et le racisme qui l’insupportaient. Un poids contre lequel il s’était décidé à se prononcer, car il avait compris que tout le monde devait avoir les mêmes droits. Que le racisme et la discrimination n’avaient pas lieu d’être, pas de raison d’exister.

Il l’a dit il y a 50ans. Mais qu’avons-nous compris d’un tel message ? Si ce n’est que la ségrégation, la discrimination et le racisme ne nous importent pas tant que l’on n’en est pas victime.

Et à la suite de cette phrase, je voudrais affirmer que, moi aussi, j’ai un Rêve.

J’ai un rêve. Qu’un jour, je pourrais sortir dans la rue. Moi. Jeune. Marocain. Homosexuel, Arabe. Berbère. Marcher dans les allées marocaines sans avoir peur que l’on m’arrête.

J’ai un rêve. De mettre mes plus beaux vêtements. Sortir avec mes amis. Danser, sans avoir peur que l’on me juge. Sans que je ne me mette de barrière, pour ne pas atteindre les mœurs. Mais de quelles mœurs nous parle-t-on ? Celles que l’on viole constamment, celles qui n’ont jamais existé?

J’ai un rêve. D’aller travailler, sans que je mette des heures devant la glace, à penser, est-ce que mes habits révèlent vraiment ma sexualité ? Ne vont-ils pas me virer s’ils l’apprenaient ?

J’ai un rêve. Le rêve de marcher dans la rue sans me faire traiter de « pédé ». Sans me faire harceler par les gens qui pensent que, par ce que je le suis, je suis ouvert à tout. Que je suis un déviant et un dépravé.

J’ai un rêve. Le rêve de trouver un homme. Qui m’aimera. Que j’aimerai. Un homme qui vivrait chez moi. Je vivrais chez lui. Jusqu’à ce que l’on trouve  chez nous. Sans aucune crainte que mes voisins ne portent plainte contre moi. Sans aucune crainte que, le jour où j’aurais besoin d’aller chez ma voisine pour lui demander un service, elle ne me regarde de façon dégradante faisant comprendre que je suis un moins que rien, u’elle vaut plus que moi.

J’ai un rêve. De marcher dans la rues bras entourant la personne avec qui j’ai choisi de passer le restant de mes jours. Sans craindre que la police ne nous interpelle. Qu’elle nous arrête. Qu’elle nous emprisonne. Pour Dieu sait combien de temps. Temps pendant lequel je ne saurais pas ce que l’on va me faire subir.

J’ai un rêve. Le rêve d’aller sur internet. Échanger avec les hommes. Sans trop avoir peur de mettre ma photo. Sans craindre que cela puisse s’agir d’un hétérosexuel qui est là pour prendre les photos de ces « homosexuels », ces « déviants de la norme », pour me menacer. Mettre ma photo au grand public.

J’ai un rêve. Qu’un jour, le Maroc. Mon pays. Puisse m’accepter tel que je suis. Car, qu’il l’accepte ou pas, il fait partie de moi. Comme je fais partie de lui. Il a besoin de moi. Tout comme j’ai besoin de lui.

J’ai un rêve. Le rêve que les Marocains cesseront de juger. Me juger. Juger tous ces hommes qui aiment les hommes. Juger toutes ces femmes qui aiment les femmes. Qu’un jour, je sortirai, et que tous les gens qui savent qui je suis, ce que je représente, ne me regardent pas d’un air catastrophé, comme si je venais de tuer toutes les bonnes âmes. Qu’ils arrêtent de penser que je suis malade. Qu’en me côtoyant, ils auraient la même « maladie ».

J’ai un rêve. Qu’un jour, on comprenne que je suis né ainsi. Le seul choix que j’ai fait n’étant pas de choisir ce que je veux mais de choisir si je m’accepte ou pas. En tant que moi.

J’ai un rêve. Qu’un jour, tous les jeunes homosexuels. D’ici, et d’ailleurs, apprennent qu’il n’y a rien de mal à aimer les hommes si l’on nait homme. Rien de mal à aimer les femmes si l’on est femme. Que les gens comprennent que la religion accepte toute interprétation. Et que Dieu, Allah, Yahvé, ou peu importe en qui ces jeunes croient, n’a jamais créé l’homosexuel pour le simple plaisir de l’envoyer en enfer. Que les discours des grands religieux ne sont que des discours. Qu’en aucun cas cela ne veut dire qu’ils ont raison. Car il ne s’agit que de simples gens, comme moi, qui se sont spécialisés dans les discours religieux, qu’ils ont interprétés à leur sauce. Une sauce que tout le monde ne met pas dans ses plats.

J’ai un rêve. Le rêve que l’homosexuel. Jeune. Marocain. Musulman. Athée. Arrête de penser qu’il est obligé de se marier, un jour, avec une jeune demoiselle. Pour se couvrir. Se cacher. Rien ne l’y oblige. Personne ne le lui impose, même s’il le croit. Que ce jeune homosexuel sache qu’il vit pour lui-même, et que la vie est trop courte pour la vivre dans le mensonge, la peur, l’hypocrisie.

J’ai un rêve. Que cet homosexuel. Marocain. Sache que les vrais amis sont ceux qui sont là. Qui seront toujours là. Que la vraie famille, c’est celle qui vous accepte vous, tel que vous êtes. Non pas tel qu’ils le veulent. Que l’amour, c’est ce que l’on donne. Non pas ce que l’on reçoit. Et que si l’on est bon, on finira par trouver quelqu’un qui nous traitera de la même façon. Et que ce jour-là, cette personne-là pourra être votre amie. Votre famille. L’épaule sur qui vous allez pleurer. Avec qui rigoler. Et sur qui compter.

J’ai un rêve. Le rêve qu’un jour, on regardera en arrière, et que l’on se dira que l’article 489 était une honte. Une si grande honte. Qu’en tant qu’humains, une telle loi n’aurait jamais dû exister. Nous regarderons en arrière et on se rendra compte que nos ancêtres, par manque d’éducation, étaient ignorants. Mais que ce n’était pas leur faute. Qu’ils n’avaient juste jamais pris le temps de réfléchir. De prendre du recul. Et de savoir qu’un homosexuel n’est pas à mettre sur un pied d’égalité avec un hétérosexuel, car cela impliquerait qu’un homosexuel a toujours été inférieur. Car un homosexuel, ou un hétérosexuel, ce ne sont que des personnes, avec des envies différentes. Des amours différents. Mais reste le même amour. Et que ce qui importe, ce n’est pas avec qui l’on partage notre lit. Qui touche notre main. Qui embrasse nos lèvres. Le plus important, c’est que nous soyons bons. Avec nous-même. Avec les autres. Avec ce même pays dans lequel nous sommes nés. Et pour lequel nous nous battrons, pour le rendre meilleur.

J’ai un rêve. Le rêve que l’on comprenne que nos ancêtres n’étaient juste pas au courant de notre existence. Mais que nous avons toujours été là. Que nous serons toujours là. Et que nous sommes tout autant Marocains qu’eux.

J’ai un rêve. Celui que l’on puisse pardonner à notre passé, les erreurs qui ont été commises envers toutes les personnes qui en aiment d’autres du même genre qu’elles. Qu’en tant qu’humains, l’on vivra le présent. Et que l’on sera optimistes pour le futur, et l’avenir que nous laisserons aux prochaines générations.

J’ai un rêve. Que le jeune homosexuel. Marocain. Arabe. Amazigh. International. Arrête de se voir en tant que péché, et commence à voir l’amour qu’implique son acte. Qu’il n’est différent que par sa pensée, d’agir, d’être, et non pas par le genre qu’il n’a choisi d’aimer.

J’ai un rêve. Et mon rêve deviendra réalité. Je le sais. Car il est temps que ce rêve devienne réalité. Et que ma génération et les prochaines générations n’auront plus de craintes, plus de jugements, plus d’emprisonnement. Ma génération et les prochaines n’auront plus peur de se faire tuer. Au nom d’une loi. D’une mœurs. D’une religion.

 J’ai un rêve … Le rêve que tout le monde partage ce même rêve.

Pour télécharger la version espagnole, cliquez sur le lien suivant : Tengo un Sueno
(Merci à Gerard C. pour cette traduction)


2 réflexions sur “J’ai un rêve

  1. Ce rêve est un espoir de paix qui se réalisera quand les Marocains cesseront d’avoir peur de la réalité, cesseront d’avoir peur d’un Dieu qui aime tout ce qu’il a créé, quand les parents pourront cesser d’avoir peur pour leurs enfants gays, que les gays eux-mêmes pourront cesser d’avoir peur de ceux qui ne comprennent pas. C’est l’ignorance qui nourrit la peur, cette peur qui déstabilise le monde, cette peur qu’il faut vaincre. La beauté de ton rêve, Hicham, est le chemin que tu auras parcouru pour l’atteindre.

  2. Vous avez abordé un sujet vulnérable, vous m’aviez profondément touché, car je sais très bien de quoi il s’agit d’être homosexuel dans un pays arabe et musulman ,ces pays là qui ne tolèrent pas ce genre de choses, ces jeunes homosexuels souffrent terriblement, je suis passée par là, c’est une impasse, c’est ce que je vis, moi jeune femme Algérienne issue d’un milieu conservateur et aisé, pour ne pas vous raconter mon histoire, je tenais juste à préciser que vous n’êtes pas seul, tous ces jeunes ayant une orientation sexuelle or norme subissent le même sort, si l’on désire de vivre comme on l’entend on doit faire notre coming out ;partir ailleurs vers des pays consentants tel que le Canada, ou autre pays consentant, j’ai les même ambitions que vous ,je suis une future poétesse, mais la dessus ,je n’ai rien à dire, je garde le silence, je vis dans la peur, je vis cachée je n’aimerai pas que le monde sache qui je suis, car ils vont finir par me traiter de tous les noms ,y compris monstre, et oui, c’est dur, c’est le rêve qu’on ’ souhaite et l’on désire avec force

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