Je la haïs

Cette relation est bien plus tordue que l’on pourrait s’imaginer, au point où je ne me rappelle plus du dernier jour où je l’ai aimé. Vraiment. Éperdument aimé. Elle était tout pour moi, enfin, elle reste l’une des plus grandes raisons pour lesquelles je suis en vie aujourd’hui après tout. Est-ce que je lui suis redevable de cela ? Je ne sais pas. Chose est certaine, ce qui est fait est fait. Et si, aujourd’hui, j’en suis là, c’est surtout grâce à moi.

Tout commença tôt. Très tôt. Elle avait du mal à me comprendre, et j’avais du mal à accepter le fait qu’elle se refusait de comprendre. Car après tout, soit on n’aime pas quelqu’un, soit on l’aime. Et dans ce cas, ne devrait-il pas être inconditionnel cet amour envers moi ? Sans compromis, ni de chantages dans les moindres recoins des rues ? Elle devait m’apprendre comment aimer, l’aimer, nous aimer. Mais la seule chose en laquelle elle avait vraiment réussis c’était à contrario de tout cela. Je ne savais pas comment m’aimer. Comment l’aimer. Ou nous aimer.

Je comprenais mieux, grâce à elle, ce que vivaient les citoyens des grandes dictatures. Pour le monde, nous osions montrer que tout allait bien, nous vivions dans le plus beau des mondes. Sauf que le toit dont les gens usaient pour se protéger du soleil et des pluies, nous servaient surtout à nous protéger des regards. Des gens. Car il ne fallait pas qu’ils apprennent qui nous étions, ce que nous étions et surtout, comment nous étions.

Au début, je cru que ma haine était passagère. Aux dépends de ses humeurs et ses mots. Je pensais pouvoir l’aimer le lendemain, quand la pluie laissera place au beau temps. Mais du plus tôt que je me rappelle, jamais je ne me suis réveillé un matin pensant à aller lui dire bonjour, l’embrasser, baiser sa main ou son front. La respecter. Jamais mon printemps ne venait après l’hiver.

Elle était pour moi cette pute, dans le sens péjoratif du terme. Après l’avoir suspecté durant des années qu’elle l’était aussi au sens figuré. Je la haïssais, et lors des  jours heureux, je devenais indifférent à sa chaleur.

Je la quittais pour le nouveau, le mystère, la vie. Je pensais naïvement que m’en éloigner m’aiderait à raviver cette flamme qui édifiait notre amour. Mais à chaque fois que je la revoyais, que nos yeux s’hybridaient, nos mots se culbutaient, nos bras s’enlaçaient, je ne pensais plus qu’à la quitter, encore, et encore, et encore, pour toujours. Pour toujours ? Je l’espérais en tout cas. Ça ne m’aurait jamais choqué, ou surpris !

Je la haïssais, voilà où nous en étions. Elle n’était plus rien pour moi, hormis cette simple ennemie, pauvre sotte souffre-douleur de la société, souffreteuse des apparences et des qu’en dira-t-on. Je ne l’aimais plus … plus, et ce depuis des années. Elle n’était plus rien pour moi.

Pour elle ? Elle savait cacher son jeu, avait l’intelligence de relater les pires méchancetés enjolivés en poésie romantique Baudelairienne. Je ne cernais plus son amour, contrairement à sa dépendance envers moi, envers le matériel, envers les paroles des gens, et ce sentiment quotidien de dépendance du pouvoir. Un pouvoir qu’elle ne trouvait nulle part hormis dans mon svelte corps, et mes larmes hardies. Elle était fière de me présenter comme son succès, fruit de sa patience. Elle était fière d’exister à travers de moi. Tout ce qu’elle n’a pu vivre d’elle-même, certainement par son manque de compétences plus qu’à cause des aléas torsadés de la vie.

Je le voyais dans ses yeux. Elle était parfaite. PARFAITE. On ne pouvait rien lui reprocher. Elle était forte, bonne, sainte. Elle était sainte. Mais sainte pour les gens rimait avec « malsain », « tordu » et « pervers » dans notre train-train journalier. Je la haïssais, et jusqu’au jour d’aujourd’hui je continue à être haineux en pensant à elle.

Elle pensait m’avoir donné la vie. Elle ignorait qu’elle me l’ôtait. Elle pensait avoir du pouvoir, elle n’avait pas tort, et elle en était dépendante. Quand les choses ne vont pas comme elle l’avait planifié, notre destin était fatal. Les « non » ne devaient pas être prononcés face à elle. Et quand ses plans bien calculés et diaboliquement égocentrés ne trouvait donneur, elle prétendait ne les avoir jamais voulu. S’en détachait, et psalmodiait son Dieu, son Allah. Sauf que si son Allah existait, c’est qu’il devait être aussi tordu qu’elle. Pas difficile d’y croire. Elle le psalmodiait, et pleurait sa pauvre personne, son destin malchanceux. Prétendant qu’elle se remettait à la volonté de Dieu, et qu’elle n’ira que là où il avait décidé pour elle.

Je la détestais. Je la déteste. Ils pensaient qu’elle était mon autre moitié, et l’autre partie de moi. Ils pensaient qu’elle était mon ange gardien, alors que le diable se prosternait chaque soir devant son boudoir aux mille feux d’enfer.

Mais qu’est-elle sans moi ? Que suis-je sans elle ? Qui sommes-nous ? Comment peut-elle être comme ça ? Juste comme ça. Comme personne d’autre.

Je la haïssais, mais je jouais son jeu. Nous étions parfaits dedans. Je pouvais gagner des soirs. D’autres, elle prenait l’Or par grand mérite. Je la méprise. Elle … comme personne d’autre. Alors que je ne suis pas supposé l’être. Je ne dois pas l’être.

Mais encore … qui est-elle pour me faire subir tout cela ?

Je ne souhaite pas l’aimer demain. Encore moins après demain, ou dans l’avenir. Je veux juste, ignorer le fait qu’elle ait le statut qu’elle a ce soir, et la position de force dans laquelle elle se trouve.

Je ne cherche pas à l’aimer. Mais je veux surtout arrêter de la haïr. Je veux juste ignorer ce qu’elle est. Mais le sang vient, pour me rappeler chaque soir, qu’il est plus épais que l’eau.

Publié dans Vie

Une réflexion sur “Je la haïs

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