Lettre à un Homosexuel – 2

Esprit libre,

Tu m’as larguée pour aller refaire ta vie avec un apollon. Ma frustration et mon amertume étaient à la hauteur, sinon plus, de l’effondrement de tes parents et de l’incompréhension de tes amis. Moi, qui suis belle,  intelligente, riche, de bonne famille et me suis offerte à toi corps et âme, ne me suis jamais imaginée que tu aurais pu me faire ça. Question de cul pour certains, de beauté masculine irrésistible pour d’autres. J’aurais dû sentir le coup venir lorsque tu noyais ton chagrin en écoutant en boucle « Il s’appelle Ziggy » de Céline Dion et «La différence » de Lara Fabian.

Aujourd’hui, je reviens vers toi pour te dire que je ne t’en veux plus, que j’étais victime de mes idées religieuses arrêtées, favorisées par une société hypocrite et schizophrène.

Aujourd’hui, je reviens vers toi pour t’apprendre que j’ai grandi, évolué et  surtout compris que l’amour doit être au dessus de la morale et des lois

Aujourd’hui, je reviens vers toi pour reconnaître que ton orientation sexuelle latente dont je n’étais que le faux reflet n’était pas un choix mais une liberté de cœur, vérité que je viens de comprendre, malheureusement, tardivement..

Aujourd’hui, je reviens vers toi pour te déclarer que l’amour que je te portais s’est amplifié à la lecture de chacun de tes romans, de tes poèmes…préférés. Je suis retournée aux premières années lycée, où loin des yeux des curieux, tu me lisais des extraits de tes auteurs fétiches. Je n’en citerai, pour le besoin du sujet, que deux extraits :

« Chose étrange, après dix huit siècles de progrès, la liberté de l’esprit est proclamée, la liberté de cœur ne l’est pas. Et pourtant aimer n’est pas un moins grand droit de l’homme que penser » [Choses vues] de Victor Hugo.

Aujourd’hui, je reviens vers toi pour m’amender et me faire l’apôtre de cette liberté du cœur, et l’adversaire de l’ascétisme et  de l’archétype de la relation amoureuse entre deux êtres humains majeurs et vaccinés.

 Aujourd’hui, je reviens vers toi pour  nous mettre la main dans la main et  te faire sortir de ton autisme social et politique.

Aujourd’hui, je reviens vers toi pour t’annoncer que la mentalité des marocains a évolué et qu’ils se méfient des propos empreints de casuistique et qu’ils commencent à appliquer la devise de «  carpe diem ».

Aujourd’hui, je reviens vers toi, chantre de l’amour, pour te dire qu’il est temps  pour toi et pour les autres hirondelles de la liberté de donner au printemps des marocains les couleurs de l’arc en ciel.

Aujourd’hui, je reviens vers toi pour te dire que la liberté du cœur s’épanouit aussi dans l’engagement associatif et partisan.

Souviens-toi,  ces jours de froid où seuls dans ta chambre, tu me faisais écouter la chanson « Get up Stand up » de Bob Marley en fumant un joint et en fredonnant les trois premiers  couplets :

Get up, stand up: stand up for your rights! 
Get up, stand up: stand up for your rights! 
Get up, stand up: stand up for your rights! 
Get up, stand up: don’t give up the fight! 

Preacher man, don’t tell me, 
Heaven is under the earth. 
I know you don’t know 
What life is really worth. 
It’s not all that glitters is gold; 
‘Alf the story has never been told: 
So now you see the light, eh! 
Stand up for your rights. come on! 

Get up, stand up: stand up for your rights! 
Get up, stand up: don’t give up the fight! 
Get up, stand up: stand up for your rights! 
Get up, stand up: don’t give up the fight!

« Donc maintenant que tu vois la lumière, lève-toi, debout, lève-toi pour tes droits »… Je continue à croire en toi parce que tu as toujours su puiser ta force dans cet amour généreux pour la liberté et que ton homosexualité n’a jamais glacé ton cœur pour le sexe opposé »

Je ne veux pas être longue, mais je tenais à te rappeler une chose, tu n’es pas une victime. Ce sont les autres qui le sont, pauvres de leur inculte, pauvres de leurs peurs, pauvre de ne pouvoir penser. Tu n’es pas une victime. Toi, ainsi que tous ces gens comme toi, qui continuent à se battre, pour vivre, au lieu de se taire et mourir. Toi, et ces gens là, êtes les vrais héros de ces temps. Ne prends pas la vie comme un combat, ou toi comme une dépravation. Car la vie est faite pour les vivants, pour être vécue … continue de la vivre.

Le soir, mon cher, avant de te coucher encore, je voudrais que tu penses, encore une fois, à ce qu’Alfred Musset a écrit dans « On ne badine pas avec l’amour ».

« On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice… »

Rabat, le 25 Septembre 2011
Amicalement,
Ta Z. A.


5 réflexions sur “Lettre à un Homosexuel – 2

  1. Puisque vous semblez attacher de l’importance a la forme, « inculte » est un adjectif et non un substantif.

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