Douces larmes, douces armes

Je pleure, oui mais tu ne le vois pas. Ou pas souvent. Les larmes qui se sont versées sur mes misérables joues ne sont qu’une portion de ce qui existe, existât et existerait, là, à l’intérieur, au fond. Ces larmes que tu as hybridées pendant que tu faisais ta collecte de cœurs, ne sont que les plus courageuses de celles que j’aie. Ces larmes qui sont sorties sont quelques unes parmi tant d’autres que mon corps tente en vain de cacher, garder, pour soi, pour moi, de toi. Ces larmes là, sont celles avec le moins de fierté puisqu’elles s’exposent aux compassions des gens. Elles sont sans fierté, ni dignité, comme moi quand je me retrouve face à toi, à tes mots, à tes tumultueux baisers, et tes insatiables caresses.

Je ne pleure peut être pas assez. Pour toi, moi et ces gens qui s’apitoient sur mon sort, leur faisant rappeler à quel point, leurs vies sont, comme l’a joliment décrit Piaf, roses.

Mais qu’est ce que la vie sans amour ? Et qu’est ce que l’amour sans souffrances ? Pour ces gens là je suis peut être mort, mais ils se trompent. Je suis encore plus vivant qu’eux, pauvres trépas ambulants qu’ils sont. C’est ce qu’il advient des gens qui n’ont jamais souffert pour aimer, et aimé pour souffrir. Car on ne vit vraiment que quand on aime, ou quand on meurt. Et moi … moi, j’ai aimé, et j’ai décédé. Je connais donc la vie, très bien, on ne la côtoie que quand on frôle la mort. Et moi, oui moi, je vis, avec mon amour … avec ma mort. Sans mes larmes.

Car les larmes, oui les larmes, ne sont que les armes des victimes des vies inespérées, des morts désespérées, des croyances inexplorées. Et je ne suis pas de ces gens là, je ne suis pas de ces victimes. Moi je suis la victime du mauvais sort de la vie, des infectes ironies du destin. Je suis la victime d’un cœur qui ne m’a jamais ressemblé. Qui ne m’a jamais appartenu. Il était à toi, tout ce temps là à toi, tu l’avais pris, bien avant que je ne l’acquière.

Oui, les larmes des yeux ne sont pas faites pour les gens comme moi. Pour moi. Les plus honnêtes de mes larmes ne se montrent pas, personne ne les voit, pas même moi. Elles sont comme le vent chaud qui hère les petites graines de sable au désert. Personne ne le voit, mais tout le monde le sens. Mes larmes, je les sens. Car elles ne sont vraies larmes que celles qui sont en mesure de doser les peines profondes et incurables, celles qui mesure les tristesses les plus enfoncées en nous, celles qui ont toujours hiberné dans la froideur spirituelle de nos âmes éperdues. Il n’y a que celles-ci qui sont sincères et vraies. Elles sont comme elles sont supposées être : franches, claires, intimes et impersonnelles.

Mes larmes à moi, me rappellent à quel point je fus dupe, à quel point je continuerai d’être dupe quand il s’agit de toi. Mes larmes à moi sont le pur produit de mes imaginations, de mes peines, de ma vie. Elles sont au fond, et ne coulent pas des yeux, mais à l’intérieur du corps. Et au lieu d’adoucir puis éteindre les flemmes qui me brulent au fond, ces flemmes que tu as gaiment allumé, et gaiment observé. Mes larmes à moi forcissent ces flemmes. Me faisant connaitre les vraies tourmentes des mortifications, les uniques raisons immorales, et la mocheté de l’amour et ses délassements.

Mes larmes à moi pleurent. Car elles étaient toujours là avec moi, quand tu fus là. Elles ont été toujours là pour connaître le bonheur que tu procréais en moi. A cette époque là, ces larmes qui me brulent maintenant, adoucissaient les pires souvenirs que ma raison avait préservés, tel un ruisseau dans les cantons les plus secrets du jardin d’Eden. Ces larmes là, n’existent plus … plus jamais …plus.

Et si je pleure, au fond, aujourd’hui, c’est aussi pour que tu ne puisses pas le voir. Que tu n’apprennes pas à quel point tu me manques, à quel point j’ai besoin de toi et c’est le dilemme qui n’a de solutions que ta présence. Si je pleure au plus profond de moi aujourd’hui, c’est que je ne suis sans toi. Mes pleurs, sont mes lamentations silencieuses. Sont les apaisements de mes souffrances, et sont le feu qui réduit le restant de mon âmes en pitoyables cendres.

Mes larmes, celle que tu ne vois jamais. Celles qui coulent au fond de moi me rappellent à quel point tu me manques. L’odeur de ta cigarette me manque, personne ne sentait le tabac aussi divinement que toi, me manque. Les souffles que tu haletais au fond de ma bouche, à la fin de chaque baiser, me manquent. La façon dont tu me serrais la main, dans ces cafés, seuls endroits témoins du peu d’amour que tu gardais à part pour moi, me manque. Tes pas, aussi discret qu’ils étaient, quand tu entrais chez moi, les soirs, en secret de mon voisin, me manquent. Comment, tes lèvres venaient à se poser sur mon cou, comme une abeille se posant prendre son pollen, me manquent. Même la voix de tes silences, et tes sourires pernicieux me manquent. Tout ce qui représentait le TOI me manque. Ici-même tout me rappelle à quel point tu étais ma plus grande souffrance et mon plus grand bonheur, ma plus grande défaite et ma plus grande victoire. Tous ces gens qui marchent dans les ruelles de la vie me rappellent ton corps, tes ombres et tes traces. Ils n’ont rien de toi ces gens là, rien, pas même le nom, et encore moins la force de me faire aimer, mais ils me rappellent toi. En eux, je vois à quel point ils ne te ressembleront jamais, à quel point tu es, seul dans ta sorte, dans ton fond. Et tu me manques.

Oui, tu me manques. Car il n’y a eu que toi qui as toujours eu les bons mots pour me rassurer, pour me construire comme pour me détruire. Tu as toujours été fort, tout comme tes mots, pour me courtiser et pour me consumer. Tu avais les mots pour te faire plaire mais jamais les mots pour te faire détester, ou aurai-je été victime de ce que mes propres oreilles acceptaient d’écouter ? Tu as toujours su te réconcilier avec moi, me réconcilier avec toi, me faisant toujours passer pour l’assassin piteux, et toi l’herculéenne victime, car tu étais, et a toujours été fort, peu importe les situations. Tu m’as toujours fais croire que je vivais pour toi, et que sans toi je ne serai rien … tu avais tort. Vraiment tort ? Complètement tort ? Je ne crois pas, car sinon, je ne serai pas là, devant ma plume, et devant ma feuille, contant mes mémoires, ou ce qu’il en reste, utilisant comme encre les morsures de tes désirs féroces qui me hantent. Si je ne dépendais vraiment pas de toi, et que ma vie ne serait pas liée au seul fil, qui n’est autre que ta bénédiction, serais-je ici aujourd’hui, à me lamenter comme feraient un juif devant le HaKotel, ou comme faisait ma mère devant les tombes de tous ces saints du Maroc pour l’homme qu’elle aimait malgré elle ? Tout comme son fils se lamente, aujourd’hui, hier, ce soir et à tout jamais, l’homme envers qui l’amour, n’est même plus qu’une terne métaphore qui décrit ses sentiments.

A quoi bon de vivre si je ne vis pas à tes côtés ? A quoi bon de mourir si je sais que je ne serai plus jamais à tes côtés ?

Ces gens là, qui pensent furtivement que je devrais m’estimer heureux de vivre encore, n’ont certainement pas goutté au péché de ton amour. Non, si ça avait été le cas, ils ne seraient pas de spectateurs emplis d’empathie et de désarrois sur l’être que je deviens. Non, ils seraient là, avec moi, à m’aider pour écrire ça, pour toi, que tu comprennes, enfin, peut-être enfin ? À quel point … à quel point … à quel point tu me fais perdre mes mots pour ne plus pouvoir te trouver un mot, un synonyme, une phrase ou une pensée. C’est toi, ce que tu me fais. Non, ces gens n’ont certainement jamais gouttés à l’amour. Car les gens comme moi, ne trouveront dans leur vie aucun repos, et dans leurs morts aucune délivrance. Je suis malade, comme je n’aurai pu l’être, de ton amour.

Tu es la raison de mes peines. Tu l’as toujours été mais en ma dépendance envers toi je trouvais bonheur et foi en tout ce qui était naïvement beau, et c’est normal, je voyais le monde avec des yeux d’amoureux. Cette vie, vue par les entichés n’est que bonbons, arc-en-ciel et sourires sincères même sur les visages des pauvres.

Maintenant, mes peines. TES peines ne font que me tuer. Tuer le mort qui résidait en moi, et remuer le couteau sur la plaie de l’arrogance et l’insouciance des récits à l’eau de rose qui vivaient, rêvassaient et hantaient mon corps, de sa chevelure, jusqu’à la paume des pieds.

Tu es horrible … tout est horrible …même moi.

Tu ne m’as jamais aimé dans mon vivant … m’aimeras-tu ce soir dans ma mort ?


2 réflexions sur “Douces larmes, douces armes

  1. Quel tourbillon de sentiments contradictoires, entre bonheur et peine, avec candeur et douleur. On ne se blesse que quand on aime. L’être humain est ainsi construit. Le mal ne vient jamais de celui pour qui tu es indifférent … telle est la vie.

    Mais pour chaque moment de douleur, tu sais bien qu’il y aura un moment de bonheur. L’un succède à l’autre en cascade. Celui qui ne passe pas par là, c’est qu’il est endormi ou sans âme et sans esprit. Et alors sans vie.

    C’est cette sempiternelle lutte qui nous donne notre énergie. Bruno.

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